Où se créent nos boucles de mémoire
- "Si le vin disparaissait de la production humaine, je crois qu'il se ferait dans la santé et dans l'intellect de la planète un vide, une absence, une défectuosité beaucoup plus affreux que tous les excès et les déviations dont on rend le vin responsable" Charles Baudelaire Les Paradis artificiels (1869)
- Le vin soulève plus de questions qu'il ne permet de trouver des réponses.
- C'est peut-être ce qui me plaît le plus lorsque je rencontre un vigneron : marcher dans ses vignes, observer leur taille, la qualité de travail du sol, la diversité des plantes qui poussent entre les ceps et en bordure de rang.
- Vigneron et pépiniériste.
- Les vignerons sont des paysans et des marchands, ils savent à merveille raconter l'histoire de leurs vins.
- C'est peut-être la partie la plus ingrate du métier de vigneron : attendre.
- L'homme est entré en résonance avec sa vigne, dont le vin est le miroir.
- Le goût, la texture d'un vin peuvent nous transporter très loin intérieurement sans que nous comprenions la logique du voyage.
- Le vin est avant tout un sujet culturel et spirituel.
- La vigne est le vecteur d'une relation passionnelle entre l'homme et la terre.
- Et en transmettant sa vigne, plante pérenne capable de vivre plus d'un siècle, à ses enfants, le vigneron s'inscrit dans une continuité.
Où nos territoires se livrent à leurs lisières
- La vigne est une plante de climat sec et chaud et elle est associée à des champignons endomycorhiziens qui gèrent l'eau et le carbone.
- La vigne a joué un rôle fondamental, en marquant la frontière entre le territoire cultivé et la forêt.
- A l'ouvrée près, cette unité de mesure héritée du Moyen Âge et qui correspond à la superficie de la terre qu'un paysan pouvait labourer en une journée. Quatre ares et 28 centiares, c'est à dire 428 mètres carrés.
- Cette diversité de sols, de pentes, d'expositions, s'exprime grâce à la précision gustative du pinot noir.
- Cette diversité est la première force de la viticulture européenne.
- Les champagnes dosés, c'est à dire auxquels on a injectée une liqueur sucrée avant leur commercialisation pour en personnaliser le style, subissent le même opprobre. Aujourd'hui, les champagnes sont de moins en moins dosés, voir plus du tout, c'est ce que l'on appelle des champagnes extra-bruts. En ces temps amnésiques et aseptisés de cancel culture, le vin n'est plus apprécié qu'extra-dry. Et le sauternes, comme un étendard en berne, subit cette chasse au sucre.
- C'est un jardinier des vignes.
- De belles parcelles sont à vendre pour 20 000 euros l'hectare, à peine plus cher qu'un hectare de bordeaux générique, alors que la même surface à Pauillac se négocie environ deux millions d'euros.
- La qualité, l'excellence, pouvoir avoir la tête haute.
- Pour redresser sa trésorerie, le couple s'est mis, comme ses voisins, à produire du blanc sec, plus facile à vendre que le sauternes et aux rendements nettement plus intéressants. Leur blanc est élaboré à partir de raisins légèrement botrytisés, c'est-à-dire touchés par un champignon qui concentre les sucres du raisin.
- Pour élaborer ce grand liquoreux, les vignerons doivent faire leur vendange tardivement, une fois que les grappes ont été botrytisées par le champion et que les baies de raisins ont perdu l'essentiel de leur eau.
- Malgré le fait que, depuis 2022, tout Bordeaux s'enfonce dans une crise profonde. En 2024, les campagnes d'arrachage se sont généralisées dans tous les vignobles de Gironde.
- L'impossibilité de vendre pour payer des droits de succession. Des enfants qui ne veulent plus entendre parler de vignes et de vins.
Où nos sensibilités s'éveillent
- Le sauvignon a un arôme de pamplemousse caractéristique.
- Les notes du poivron participent de l'identité du cabernet.
- L'endroit où pousse la vigne, la nature du sol, l'environnement, le climat et le travail de l'homme, tous ces facteurs qui influent directement sur le raisin, feront varier le goût du vin.
- Axel Marchal à l'ISVV, Institut des Sciences de la Vigne et du Vin à Vileneuve d'Ornon.
- Son laboratoire compte de nombreux spectromètres de masse de haute résolution, des machines capables de déterrer la moindre molécule aromatique, de l'isoler et de l'identifier précisément.
- Il lui faut l'aide des mycorhizes, ces champignons microscopiques qui entourent les racines et les radicelles des vignes. Ils absorbent certains nutriments, comme les oligo-éléments et les minéraux, et les synthétisent afin que la vigne puisse s'en nourrir. En échange de quoi la vigne leur fournit des glucides issus de la photosynthèse indispensables à leur survie.
- Mais la grande majorité des variétés de raisin possède des arômes indétectables avant la fermentation. C'est la fermentation qui révèle, dès ses débuts, la note de pierre à fusil du pouilly-fumé, la noisette du chardonnay, ou la framboise du pinot noir. Ce qui est en jeu, ce sont les précurseurs d'arômes.
- Deux bouteilles identiques, dégustées à des moments différents, ne nous paraîtront pas révéler tout à fait le même visage.
- "Un repas sans vin est comme un jour sans soleil"
- "Le vin peut être à bon droit considéré comme la plus saine, la plus hygiénique des boissons"
- "Il y a plus de philosophie dans une bouteille de vin que dans tous les livres"
- Il a pu démontrer que dès que le dégustateur ferme les yeux, l'ordre d'importance de ses sens change. L'olfaction et le goût reprennent le dessus.
- Sur la langue, les papilles détectent l'acidité du vin et les autres saveurs: le sucré, le salé, l'amer et l'umami, cette caractéristique gustative bien connue des Asiatiques et que l'on retrouve notamment dans le glutamate, les crevettes, les fromages, le lait maternel, le poulet rôti ou certains bouillons.
- En fait, le système olfactif est capable d'envoyer des informations à la fois dans le siège de la mémoire et dans celui des émotions.
- Car, aussi grand soit-il, le vin procure avant tout une émotion.
- Une solera de champagne, c'est-à-dire une cuvée constituée d'un empilement de millésimes.
- Notre goût se construit, s'éduque, comme l'oeil pour l'amateur d'art ou l'oreille pour le mélomane.
- Un style de vin peut plaire à certaines personnes, mais pas à d'autres. Il peut être aussi le marqueur d'une époque. Les vins très boisés et taniques, appréciés par les américains grâce à l'influenceur du dégustateur Robert Parker, sont en train de passer de mode, notamment en Europe, au profit des vins fruités et digestes.
- Les vins nature, c'est-à-dire élaborés sans soufre. Le vin nature va donc plus loin que le vin bio en appliquant la philosophie de la non-intervention à la vinification.
- Les dégustateurs japonais étaient plus sensibles à l'acidité des vins que leurs homologues d'autres nationalités, au point de trouver tous les vins trop acides.
- Les dégustateurs allemands accordaient une aussi grande importance à l'aspect visuel qu'au goût.
- Le profil des vins évolue vers plus de finesse, moins de tanins, grâce notamment à une meilleure maitrise de la maturation des raisins. Par ailleurs, à l'échelle mondiale, les vins blancs ont supplanté les vins rouges et les rosés connaissent un succès retentissant : plus faciles d'accès, moins tanniques, ils bénéficient de cette évolution du goût.
- De même, sont rédhibitoires le goût de bouchon ou les "bretts" (pour brettanomyces, cette levure qui se développe dans certains vins et qui donne des notes animales, de cuir, voir un "goût de souris"). Cette levure est notamment présente dans les chais, les tuyaux, les robinets de cuve mal nettoyés.
- Les oenologues ont tendance à rechercher un défaut technique dans le vin, alors que les sommeliers essaient plutôt d'imaginer les accords possibles entre les vins et les plats.
- On a vu la montée en puissance des influences asiatiques, avec tout le travail de l'umami et des ferments lactiques.
- L'important est l'équilibre du produit.
- "Ce clivage nous a fait perdre dix ans et c'est regrettable. Dépassons la chose. Il faut apprendre à penser de manière holistique. Au delà du vin nature, c'est la question des lobbies et des pesticides qui doit être abordée. Le vin nature nous offre une autre perspective et il apporte des choses intéressantes. Malheureusement, il y a des extrémistes et de la malhonnêteté intellectuelle de la part de certains". Il y a des industriels qui, pour coller à cette tendance, proposent des vins sans soufre mais en usant des techniques comme la flash pasteurisation ou l'adjonction, avant la vendange, de bactéries comme les brettanomyces. Et ces vignerons, chantres des vins nature, mais qui ne sont pas bio et désherbent chimiquement leurs vignes. Enfin, il y a ceux qui prétendent que l'on peut produire du vin sans cultiver sa vigne et laisser les ronces et les herbes folles envahir les pieds, dont le chai à une hygiène douteuse, et qui vous disent que le "goût de souris" est représentatif du terroir.
- C'est exactement ce qui se passe dans l'histoire d'un alcoolique. C'est qu'il a du mal à dire quelque chose qui est enchâssé depuis très longtemps dans son histoire personnelle : trouble de l'attachement, traumatismes, etc...
- Mettre une sensation à la place d'une émotion.
Où nos dieux dialoguent avec le vin
- Celui-ci présente deux visages, le plaisir de l'ivresse et l'avilissement de l'ivrognerie.
- Le mont Ararat : celle du vin né dans la région environ sept mille ans avant notre ère.
- La lambrusque, de son nom latin Vitis vinifera sylvetris, cette vigne sauvage poussant en lianes à la lisière des forêts, grimpant sur les troncs pour rejoindre la canopée.
- L'Iran compte, semble-t-il, toujours aujourd'hui parmi la plus grande proportion de toxicomanes au monde.
- Au point même que Grecs et Romains désignent un dieu du vin, Dionysos pour les uns et Bacchus pour les autres.
- Dionysos (Bacchus chez les Romains) est non seulement le dieu de la vigne et du vin, mais aussi de la folie, de la démesure et des excès. Il est le dieu de la fureur, de la subversion et de la fécondité.
- Le vin a une autre symbolique très forte, dans la Bible, puisqu'il représente le sang du Christ et, par extension, la vie.
- François Rabelais : "Car le vin a le pouvoir de remplir l'âme de toute vérité, de tout savoir et de toute philosophie"
- "Le travail est un devoir au mont Athos, car, par le travail, on peut entreprendre ce voyage intime nécessaire pour accéder à la paix intérieure. On se retrouve face à soi-même. Et c'est dans cette solitude que l'on approche Dieu. Le travail nous aide à comprendre le monde"
- "La vigne est un lieu de paix et de sagesse"
- Dans notre société technologique où l'instantanéité prime et où le court-termisme fait loi, par effet de contraste, le vin devient un symbole du temps long, de la construction culturelle, ainsi que du lien à la terre.
- Le vin a encore changé de statut. Il s'est dévirilisé, il s'est intellectualisé, a pris une place nouvelle dans les médias et sur nos tables. Il est pleinement devenu un objet culturel.
- Le vin est devenu un objet culte.
Où la vigne nous parle de la nature
- Le Phylloxra, cet insecte ravageur.
- Ses amis ampélographes, c'est-a-dire spécialistes de cépages.
- Multiplie les expérimentations afin de mieux comprendre le végétal.
- Mais les lambrusques sont un cas à part. Les vitis sylvestris sont les derniers représentants des vignes sauvages.
- André Jullien, "Topographie de tous les vignobles connus".
- La vigne était présente dans presque toutes les zones du territoire hexagonal, sur près de 1,7 millions d'hectares contre environ 750 000 hectares actuellement. En revanche, elle produisait peu, 30 millions d'hectolitres par an en moyenne, soit environ 17 hectolitres par hectares.
- Seul moyen de contrer le phylloxéra, greffer la vigne sur des portes-greffes issus de vigne américaines résistants à l'insecte.
- Au catalogue officiel des cépages autorisés en France, seulement 250 sont répertoriés. Ce qui est bien peu par rapport aux nombre de cépages qui existaient il y a deux siècles.
- L'Italie est le pays européen qui possède l'une de plus grandes diversités de cépage autochtone.
- Les AOC ont été créées pour lutter contre la fraude et encadrer le style de vin dans chaque appellation. Les AOC semblent aujourd'hui dépassées.
- Mais le graal de nombreux vignerons serait de planter des vignes franches, c'est-à-dire sans porte-greffe.
- Vigneron en bio, il laisse un enherbement prolongé jusqu'au printemps.
- L'image publique pollue le travail quotidien.
- Taclant les ignorants et les jaloux.
- Avec ses vins atypiques et chers. "Les francs de pied".
- Dans l'univers de plus en plus cadré de la communication viticole, où chacun veut briller plus que son voisin.
- Loic Pasquet est entré dans la cour des grands vignerons, ceux pour lesquels l'élaboration d'un vin relève du geste tant esthétique que philosophique.
- Car en réalité, après plus d'un siècle de culture intensive, la vigne française va mal, très mal même, comme si, à bout de souffle, elle arrivait à la fin d'un cycle. Il ne faut pas se leurrer, la vigne dépérit, elle se meurt. Ses principaux cépages subissent une dégénérescence accélérée du fait de leur manque de diversité génétique, de maladies et bien sûr du dérèglement climatique qui favorise l'apparition de nouvelles pathologies. D'autres causes sont également pointées du doigt : les méthodes de taille, l'usage intensif des pesticides qui dégradent les sols, mais aussi la baisse de qualité des plants produits par les pépiniéristes.
- En fait, les méthodes industrielles et productivistes utilisées par une large majorité de pépiniéristes pour livrer des millions de plants de vigne chaque année posent question. Des recherches effectuées par l'Inrae ont mis en évidence que la greffe dite "en omega", c'est-à-dire en incisant les plants selon la même forme que la lettre grecque Ω permet d'automatiser le greffage et de gagner beaucoup de temps. Mais elles ont démontré également que ce type de greffe peut favoriser certaines maladies comme l'esca, ce qui n'est pas le cas avec les méthodes traditionnelles comme la greffe anglaise (où le greffon et le porte-greffe sont taillés en biseau et attachés à la main).
- "Le goût retrouvé du vin de Bordeaux", Jean Rozen et Jacky Rigaud.
- Je suis tellement convaincu qu'il est impossible de faire d'excellents vins avec les vignes greffées que j'ai fait arracher tous les pieds de vignes américaines qu'il y avait à Margaux.
- D'autre part, comme ce même clone est cultivé par une très large majorité des vignerons de l'AOC, il apparaît une forme de standardisation du goût.
- Jean-Baptiste Lécaillon est l'un des rares en Champagne à la fois à être chef de cave et superviser le vignoble.
- La permaculture après avoir rencontré Bill Mollison, l'un des fondateurs de ce concept agronomique, dans la lignée du japonais Masanobu Fukuoka.
- Biodynamie et agroforesterie.
- Aujourd'hui, les recherches s'orientent vers les nouveaux cépages hybrides, à planter sans porte-greffe, issus de croisements complexes entre Vitis vinifera, la principale espèce de vigne cultivée en Europe et qui comprend les principaux cépages de cuve, et des variétés asiatiques résistantes au mildiou et à l'oïdium, deux maladies cryptogamiques qui apparaissent après les pluies et lorsque le temps est chaud et humide.
- A l'autre bout de la chaîne, que recherchent les consommateurs aujourd'hui, et que rechercheront les consommateurs de demain ? Les goûts évoluent. Chez les jeunes, notamment, qui n'hésitent pas à s'affranchir des goûts de leurs parents. Les vins nature, les pétillants naturels, les cuvées bio ou biodynamiques les attirent.
- Hymne à la diversité.
Où l'infiniment petit nous dévoile ses mystères
- La traditionnelle "bouillie bordelaise", ce mélange de sulfate de cuivre, d'eau et de chaux, inventé par le botaniste Alexis Millardet et le chimiste Ulysse Gayon, en 1883, près de Bordeaux
- Certains organismes vivants sont capables de vivre sans oxygène : c'est le cas de la levure lors de la fermentation alcoolique. Elle se tient à l'abri de l'air et vit grâce au sucre présent dans le jus de raisin. En fait, elle provoque une réaction chimique aux dépens du sucre qui se transforme en alcool en libérant les substances dont la levure a besoin pour vivre.
- Émile Peynaud : Le Vin et les Jours.
- La fermentation malolactique qui transforme l'acide malique en acide lactique. Cette opération permet au vin rouge de perdre son acidité, de se stabiliser et de gagner en souplesse.
- Il est ainsi aujourd'hui possible de détecter et d'identifier dans un vin des milliers de molécules aromatiques, ou les traces de pesticides au microgramme près.
- D'abord les engrais naturels, comme le guano et les os.
- Et un vigneron peut passer une partie de son temps à la commercialisation de sa production. Et donc, mieux gagner sa vie.
- Lors de la fermentation, 90% des produits phytosanitaires présents sur le terrain sont éliminés.
- En revanche, la toxicité de ces produits est beaucoup plus inquiétante pour les personnes qui travaillent à la vigne ou pour les riverains des vignobles.
- L'arsénite de sodium, interdit depuis 2001, employé pour traiter certaines maladies du bois da la vigne comme l'esca, est un cancérigène avéré.
- Manifeste pour une agriculture durable.
- Il y avait moins de vie dans le sol viticole étudié que dans le sable du Sahara.
- Les débats entre vignerons en viticulture conventionnelle, en bio ou en biodynamie.
- Il sait par exemple si l'année sera plus ou moins précoce en guettant la floraison des amandiers sauvages disséminés dans le vignoble.
- Cette relation intime, presque magique, entre le sol et la plante, est un sujet inépuisable.
- Cette agriculture biologique qui prend de plus en plus d'ampleur et concurrence les vins issus de la viticulture conventionnelle.
- En réalité, les vignerons d'aujourd'hui font face à une pollution historique en cuivre, due aux excès passés. "Le meilleur moyen de bloquer la toxicité du cuivre dans un sol est d'y remettre une activité organique, avec des fumures naturelles. L'enherbement, par exemple, est un excellent moyen, et en quelques mois on peut voir réapparaître une vie microbienne".
- Nous observons que l'apport de grandes quantités de matière organique permet de fixer le cuivre et de le rendre moins toxique, tout en stimulant la vie microbienne.
- Rudolf Steiner : l'inventeur de la biodynamie.
- Les pipistrelles, une toute petite chauve-souris qui a la particularité de se nourrir d'endémies, un papillon responsable du vers de la grappe, très préjudiciable pour la vigne.
- Le fameux calendrier lunaire de l'Allemande Maria Thun.
- La prêle est excellente contre les maladies cryptogamiques, la silice permet à la plante de mieux absorber la lumière, l'ortie est un redoutable anti-parasite.
- Jacques Mell pour créer Terres en devenir, une société de conseil destinée aux vignerons, qui vend également des préparations biodynamiques.
- L'emblématique vigneronne montre la voie d'une viticulture alternative qui vise l'excellence.
- Souvent taxée d'irrationalisme par ses détracteurs, la biodynamie n'a pas droit de cité du côté des organismes scientifiques comme l'Inrae.
- Biodynamie : 700 propriétés certifiées pour environ 14000 hectares.
- Et de bonnes pratiques existent dans les trois modes de culture : l'enherbement.
- L'équipe de chercheurs a recensé en moyenne 1400 interactions de communautés microbiennes, 1700 sur un sol bio et...49000 en biodynamie, soit près de trente fois plus qu'en bio !
- La biodynamie explose les réseaux d'interaction des communautés microbiennes.
- Les différences de quantités d'interaction entre les trois modes de culture sont plus nuancées en moyenne, mais très contrastées en fonction des trois vignobles analysés (Alsace, côtes de Nuits et de Beaune, et Mâconnais chalonnais), et les écarts restent très impressionnants au bénéfice de la biodynamie.
- Il est fort probable que les vignes communiquent entre elles par les racines, d'autant plus si la vie microbienne y est particulièrement dense.
- Le vigneron soit plus attentif à sa vigne.
- Comme les animaux, les plantes possèdent un microbiote qui se développe à la surface des feuilles et qui est compose de multiples micro-organismes qui s'organisent en communautés et qui ont entre eux des relations de compétition, de prédation ou de symbiose.
- Ce microbiote foliaire se développe et vit avec la plante.
- Tisanes de plantes.
- Jean Masson a comparé la capacité de défense de vignes en biodynamie et en conventionnel. Elle a montré une différence réelle en faveur de la biodynamie pour ce qui est des stress climatiques et de certaines maladies cryptogamiques.
0ù le temps qu'if fait...défait et refait
- Les dates de vendanges sont toujours un indicateur très suivi par les scientifiques.
- D'un côté, la haute viticulture, à l'image de la haute gastronomie, est la viticulture la plus exigeante qui cherche à produire des vins identitaires de leur origine, que les contraintes climatiques façonnent et où l'homme joue le rôle de révélateur de cette singularité. Et de l'autre, une viticulture de rendement, où le volume prime. Elle englobe les vins produits pour le compte de marque qui cherchent à coller à un marché, aux attentes des consommateurs, et pour lesquelles il faut un certain volume.
- Un grand nombre de vignerons qui sont obligés de maintenir un certain volume de production à l'hectare pour survivre, tout simplement.
- Le vin, c'est devenu un produit de plaisir, de jouissance. Ce n'est plus la boisson hygiénique vantée par Pasteur, mais une boisson hédoniste. À cela il faut ajouter son statut de boisson alcoolisée, coupable de tous les maux aux yeux des lobbies hygiénistes, qui favorisent des politiques publiques de plus en plus tatillonnes avec les questions sanitaires.
- Certains aiment à dire que le vigne doit souffrir pour donner le meilleur d'elle-même.
- Certains cépages comme le pinot noir peuvent résister jusqu'à 150 jours sans aucune goutte d'eau.
- Une vigne cultivée chimiquement et alimentée par des engrais de synthèse développe un système racinaire superficiel, sur quelques dizaines de centimètres de profondeur seulement.
- Nous n'avons pas le sentiment de fatigue en bouche que l'on peut avoir après une matinée de dégustation.
- Plus d'un tiers des crus classés de Bordeaux est en agriculture biologique ou biodynamique, alors qu'en 2003, ils se comptaient sur les doigts d'une seule main.
- Alors que dans les années 2000, le "style Parker" (des vins boisés, très concentrés) s'imposaient dans tous le vignoble, vingt ans plus tard, la recherche de vins plus digestes, moins alcoolisés, aux arômes de fruits plus saillants, domine.
- Qui dit montée des températures dit augmentation des sucres dans les fruits, et donc de l'alcool dans le vin.
- Une vigne bien ventilée et ce sont des traitements évités.
Où le vin se confronte à l'air du temps
- Mais de quelle identité parlons-nous ? Celle construite dans l'esprit des amateurs de vins, des professionnels qui lisent ces lignes ? Ou celle d'une jeune personne de vingt ans pour qui le vin est totalement absent de ses habitudes de consommation ?
- Transformer le vin en un produit culturel et hédoniste.
- Le boisé tapageur a laissé place à des arômes de fruits noirs et d'épices plus expressifs. Mais qu'importe l'évolution du produit, seul le symbole de l'étiquette, souvent, compte.
- Le rapport au vin est désormais décomplexé. On le boit jeune, sur le fruit.
- Les consommateurs se tournent vers des vins de consommation rapide ou que l'on peut apprécier même dans leur prime jeunesse. D'où le succès des vins de Loire, du Beaujolais, du Rhône et de Bourgogne.
- En trente ans, les vins massifs et boisés se sont imposés comme une nouvelle norme.
- Prenant conscience que ce cépage signe l'identité du cru.
- De puissants négoces, comme Castel et Grands Chais de France, produisent ce type de vins pour une population vieillissante, d'un âge supérieur à 65 ans, qui représente seule l'essentiel des volumes de vins consommés.
- Le vin est plutôt prisé par les catégories socioprofessionnelles et intellectuelles supérieures.
- Le vin est vu comme un produit de "luxe", un alcool de "riche".
- Or le vin en France est commercialisé à plus de 70% par la grande distribution.
- La conquête des marchés exports va devenir la condition sine qua non pour sauvegarder la viticulture hexagonale.
- Je suis toujours impressionné par ces directeurs de domaines qui partent des semaines en Asie ou aux Etats-Unis pour y faire déguster leur vin et incarner, pour des amateurs du bout du monde, leur vignoble.
- Qui seront les premiers ambassadeurs des vins français ; et toute leur vie, ils se souviendront de ce voyage au milieu des vignes de Bourgogne, d'Alsace, de la Loire, de Provence ou de Bordeaux.
Où le vin est un garde-temps
- La viticulture est une agriculture de précision, de jours et parfois d'heures, mais aussi de long terme, puisque la plante est pérenne : elle suit un cycle annuel, tout comme l'olivier, autre plante essentielle des mythologies humaines.
- L'espérance de vie d'une vigne est voisine de celle de l'homme et elle survit souvent aux vignerons qui l'ont plantée. D'ailleurs ceux-ci savent que les plantations qu'ils réalisent sont plutôt destinées à leurs descendants.
- Lorsqu'une vieille vigne est arrachée, le sol doit rester au repos au moins deux ans.
- Court-noué.
- Pour faire une petite fortune dans le vin, il faut en avoir une grosse au départ. Cela résume merveilleusement bien la situation. En fait, la valorisation, si elle a lieu, se fait à la revente du bien viticole.
- Le temps long de la vigne rejoint celui des très riches investisseurs capables de capitaliser sur plusieurs générations.
- Une taille tardive, en mars, voire en avril, permettrait de diminuer le risque de perte de récolte sans pour autant retarder la maturation des raisins.
- Les prémices du feuillage, c'est le débourrement.
- Les minuscules fleurs blanches exhalent des notes voisines du tilleul et de l'acacia, en plus subtiles encore.
- La nouaison.
- La véraison.
- Plus une vigne produit de raisins, moins ils sont concentrés en sucre.
- Le réchauffement climatique tend à augmenter le degré alcoolique des vins, alors que les consommateurs s'orientent vers des vins plus digestes.
- Le cadre dans lequel nous allons boire les vins, les personnes qui nous accompagnent, le plaisir du partage, l'ambiance de cet instant, sont autant de paramètres qui vont influencer favorablement, ou non, notre perception.
- Les spécialistes ont inventé une unité de persistance aromatique : la caudalie.
- L'homme est un point perdu entre deux infinis.
- Le vin allonge le temps et rapproche les hommes des dieux.
Où le vin nous parle d'altérité et de convivialité
- L'état d'être autre.
- Relation à l'autre
- Capacité du vin à nous ouvrir au monde.
- "Le vin et les autres"
- Il nous parle des plantes qui communiquent entre elles, qui s'irriguent pour donner à boire aux autres. Il parle des champignons, les mycorhizes qui peuplent les racines en symbiose avec les plantes. Des racines et des champignons, si différents de leur fonctionnement biologique, ont su faire de leur différence une complémentarité pour vivre et grandir ensemble. "Il y a un mutualisme, une communication entre les végétaux que l'on ne soupçonne pas".
- Le vin est l'inverse du lait maternel, des jus de fruits, du lait chocolaté et même des sodas à base de cola, dont l'amertume est cachée par une grande quantité de sucre.
- Cette première gorgée de vin, ou l'acide et l'amer rencontrent les papilles encore façonnées par les saveurs de l'enfance, engendre un choc gustatif.
- Apprendre à goûter se fait dans le partage, avec les amis et la famille, autour d'une table, et les impressions des uns éveillent la curiosité des autres.
- Il rappelle que l'amertume, ce goût inscrit dans le cerveau de tous les mammifères, est un indicateur de toxicité.
- Les miels se distinguent entre eux par leur amertume plus ou moins prononcée ; le miel de châtaignier, est particulièrement amer. J'ai fait, avec un expert, l'expérience de goûter un miel sans amertume. Et bien, il était très court en bouche et l'on ne sentait que le sucre, ce qui le rendait presque écœurant.
- Ce sont les tanins qui causent l'amertume.
- L'amertume. Étrange mot quand on parle d'altérité, désagréable. Sur les papilles, l'amertume nous donne à appréhender un autre goût, à l'apprécier, à déjouer notre cerveau reptilien pour lequel elle est synonyme de poison. C'est une amertume somme toute civilisée et peu prononcée que le vin nous offre, mais suffisante pour exciter nos papilles et nos neurones. Comme un soupçon de sel qui vient relever les saveurs d'un plat. Présente dans tous les grands vins, elle leur confère une noblesse inimitable en bouche.
- La table est le lieu par excellence où s'exerce la convivialité à travers le vin.
- Le vin devient un acteur du repas, comme il l'était dans le cena des Romains. Puissant médiateur, il est, par la magie de l'ivresse, l'artisan de la parole libre, de l'échange, du débat, du déploiement de l'imaginaire. Il est au centre de la table et nous entraîne dans une déambulation mentale, les idées s'enchaînant sans but identifié. Extase de la conversation. Communion - dont la Cène est un paroxysme.
- Les oenologues, les sommeliers, les dégustateurs et critiques.
- Mais, quel que soit notre métier, notre expérience, à l'instant de déguster la première gorgée, nous sommes tous seuls face au vin.
- Il est un puissant médiateur entre les personnes.
- Le vin est altérité et convivialité.
- Les bribes de senteur d'acacias en fleurs rappellent étrangement, en plus capiteux, le parfum de la fleur de vigne.
- Végétal, animal et minéral réunis sous un ciel d'un bleu pur.
- Et toujours le vin me parle de paysages et de symboles, d'histoires et de mythes, de déesses et de dieux, de femmes et d'hommes, de tablées et d'ivresses, de paroles libres, de souvenirs et de joie. De vie magnifiée, en somme - alchimie offerte par le vin.
- Pour mieux me perdre et accueillir l'autre, les autres et toute la beauté du monde.
- Voilà peut-être ce qui nous relie au vin et à la vie.





